La fonction publique n’est pas un ennemi à abattre
Ces derniers jours, la fonction publique québécoise a été la cible de pratiquement tous les partis politiques, chacun promettant de couper plus ou mieux que l’autre. La classe politique semble juger que la fonction publique constitue le principal problème au Québec. Pourtant, son personnel a pour rôle d’assurer les missions de l’État ainsi que les services aux citoyens et aux entreprises.
Pendant cette campagne, les partis annoncent vouloir créer de nouvelles mesures et de nouveaux programmes, mais promettent simultanément de réduire les ressources nécessaires pour les mettre en œuvre. Ça ne tient pas la route.
Des solutions
Nous sommes conscients de l’état des finances publiques et des efforts nécessaires pour les assainir. Mais il existe d’autres solutions que de couper les services à la population. Nos membres ont plusieurs idées pour améliorer l'efficacité de l'État. Mais encore faut-il que le gouvernement les écoute.
Par exemple, peu de gens le savent, mais la somme des contrats de service au privé dans l’administration publique s’élève à environ 6 milliards $ par année au Québec, ce qui est autant ou sinon plus que la masse salariale totale de la fonction publique. Quand on sait qu’un consultant coûte souvent le double d’un employé, avantages sociaux inclus, c’est inacceptable. La commission Gallant a d’ailleurs recommandé de miser sur l’expertise interne à la suite du fiasco SAAQclic, comme l’avaient fait plusieurs autres commissions d’enquête avant elle.
Autre solution : le télétravail. Le bilan de la politique-cadre produit du Conseil du trésor lui-même signalait que cela permettait des économies de 120 millions $, sans impact négatif sur la productivité. À cela s’ajoutent des économies potentielles récurrentes de 85 millions $ avec l’optimisation des espaces de bureau, toujours selon le gouvernement.
Finalement, il faut s’attarder à la colonne des revenus. En 2024, Revenu Québec a recouvré 4,1 milliards $, simplement en s’assurant que chacun paie sa juste part. On doit se donner les moyens de poursuivre ces efforts. La lutte à l’évasion fiscale et aux paradis fiscaux doit aussi être une priorité. Au Québec, les pertes pourraient s’élever jusqu’à 23 milliards $ par an. C’est l’équivalent de trois projets de tramway à Québec chaque année!
Gouverner, ce n'est pas seulement jongler avec des chiffres. C'est aussi investir dans l'expertise, planifier à long terme et s'assurer que l'État dispose de la capacité nécessaire pour remplir ses missions. La fonction publique ne devrait pas être considérée comme un coût, mais comme un levier de développement collectif.
Des solutions compatibles avec l’intérêt public, il en existe plusieurs. Nous ne demandons qu’à collaborer pour les mettre en œuvre. Les travailleuses et travailleurs de l’État ont à cœur de bien servir la population du Québec. Ce sont des alliés, pas des ennemis.
Guillaume Bouvrette, président, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
Franck Perales, président, Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec
Alexis Milette, président, Les avocats et notaires de l’État québécois
Jean Vallières, président, Syndicat des professeurs de l’État du Québec
Yves Drouin, président p.i., Syndicat professionnel des médecins du gouvernement du Québec
Marc-André Martin, président, Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec
Patrick Audy, vice-président, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec
Peggy Clarke, présidente, Association professionnelle des chirurgiens-dentistes du gouvernement du Québec
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