Depuis 40 ans, les gouvernements ont eu recours à des mesures d’austérité, un régime de gouvernance économique qui soumet les finances publiques à une logique d’entreprise, dans le but de réduire la taille et le rôle de l’État dans l’économie. Le gouvernement sortant a choisi de couper dans les sommes allouées aux ministères et organismes publics. Il a aussi annoncé un gel de l’effectif et des mouvements de personnel en plus de mettre à pied le personnel occasionnel. Résultat : la mise à mal des services publics à la grandeur du Québec.
Qui plus est, la première ministre du Québec, Christine Fréchette, a récemment réaffirmé son intention d’abolir 3000 postes administratifs dans l’appareil gouvernemental d’ici 2030, si la CAQ venait à être réélue. Bien que les sondages, à ce moment-ci, ne laissent pas présager un tel scénario, cette annonce contribue à faire des services publics et de la gestion de leurs effectifs des thèmes potentiels de la campagne électorale. Dans ce contexte, le SFPQ estime qu’il est important de prendre les devants et de faire des services publics un enjeu central de la campagne électorale à venir.
4 revendications
En vue des élections provinciales de 2026, le SFPQ formule quatre revendications claires pour vous guider dans votre choix.
1. Réinvestir dans la fonction publique pour des services forts, accessibles et de qualité.
2. Développer et valoriser l’expertise interne de la fonction publique et mettre fin à la sous-traitance massive.
3. Mettre sur pied des infrastructures d’hébergement de données locales et publiques.
4. Reconnaître et encadrer le droit au télétravail.
Réinvestir dans la fonction publique
Au cours des dernières décennies, les gouvernements ont successivement eu recours à des mesures d’austérité dans le but de réduire la taille et le rôle de l’État. Résultat : la mise à mal de l’État québécois et la dégradation des services publics à la grandeur du Québec, dont les conséquences sont bien réelles et se répercutent tant sur les travailleuses et travailleurs de la fonction publique que sur les citoyennes et les citoyens.
Comme le SFPQ l’a démontré, l’austérité se calcule en souffrances.
À l’inverse, un financement adéquat des services publics engendre d’importants bénéfices sociaux et économiques. Il contribue à offrir des conditions de vie décentes pour l’ensemble de la population, à réduire les inégalités, à améliorer la qualité et l’accessibilité des services, à préserver nos biens communs et à renforcer la capacité collective à prévenir et à faire face aux crises financières, sociales et écologiques, en plus de générer des emplois et des retombées économiques.
L'expertise interne rapporte
Les coupes de personnel forcent le gouvernement à recourir à la sous-traitance, qui coûte plus cher que le travail en régie interne, et qui entraîne une perte d’expertise. Les stratégies d’externalisation utilisées par le gouvernement du Québec – que ce soient les partenariats public-privé (PPP), la création d’agences, la sous-traitance, ou la privatisation – nuisent à la construction d’une réelle vision politique et ont également des effets délétères sur les finances publiques. Dans les dernières années, par exemple, plusieurs projets informatiques ont connu d’importants dépassement de coûts en plus d’être menés dans une grande opacité. Selon les données du SFPQ, la sous-traitance coûterait plus de 2,3 fois plus chère que le recours à l’expertise interne.
Réduire le recours à la sous-traitance permettrait de rebâtir l’expertise au sein de l’État québécois. Cette approche favoriserait une meilleure reddition de compte et un meilleur contrôle des coûts. Chaque dollar investi dans les ressources de l’État contribue à renforcer sa capacité à planifier, développer et gérer ses propres projets plutôt qu’à financer de grandes entreprises privées.
Pour plus d’informations à ce sujet, nous vous invitons à consulter le mémoire du SFPQ rédigé dans le cadre de la commission Gallant.
Les données d'ici hébergées ici
Depuis de nombreuses années, les différents gouvernements du Québec ont accordé à des multinationales d’onéreux contrats afin que ces dernières hébergent aux États-Unis les données des Québécoises et Québécois. Actuellement, ce sont 90 % de nos données sont hébergées dans les nuages informatiques des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Non seulement cette dépendance aux fournisseurs infonuagiques privés soulève des enjeux de souveraineté numérique, mais elle s'est également révélée plus coûteuse que prévu. En dépit des économies annoncées, le programme gouvernemental de migration vers l'infonuagique a vu sa facture grimper à 372 millions de dollars en 2024, bien au-delà des estimations initiales.
Cette dépendance comporte des enjeux au niveau de la confidentialité de nos données et des droits humains. À titre d’exemple, avec le Patriot Act (2001) et le Cloud Act (2018), il est possible pour le gouvernement étatsunien de consulter nos données personnelles en tout temps.
L’hébergement local et public favoriserait donc une meilleure protection de la vie privée et permettrait de créer des emplois spécialisés. Les investissements publics serviraient donc à développer l’expertise technologique québécoise plutôt qu’à enrichir les multinationales milliardaires du numérique. Nos données sont un actif stratégique, investissons dans notre avenir collectif.
Pour plus d’informations à ce sujet, nous vous invitons à consulter le site de la Ligue des droits et libertés.
Le télétravail se négocie
Tant que le télétravail ne sera pas reconnu comme un droit, les employeurs conserveront une large marge de manœuvre pour prendre des décisions et émettre des directives de manière unilatérale, parfois arbitraire, sans réelle consultation des travailleuses et travailleurs ni prise en compte de leurs besoins, de leurs réalités ou des conséquences de ces décisions sur leur quotidien. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le gouvernement du Québec en imposant unilatéralement le retour au bureau à trois jours par semaine, bien qu’une majorité des membres du SFPQ sondées rejette les motifs avancés par le Secrétariat du Conseil du trésor.
Cela illustre l’importance de légiférer en la matière. Ainsi, la Loi sur les normes du travail (LNT) devrait être modifiée afin de prévoir que les modalités du télétravail doivent être déterminées dans le cadre d’une négociation collective ou, lorsque les travailleuses et travailleurs ne sont pas représentés par une association accréditée, par l’entremise d’un comité paritaire chargé d’élaborer conjointement une politique en la matière.
Le SFPQ croit fermement que la négociation, qu’elle s’inscrive dans le cadre d’une convention collective ou d’une démarche de concertation structurée, constitue la voie à privilégier afin de mettre en place des règles au bénéfice des deux parties.
Par ailleurs, le SFPQ reconnaît également que les personnes qui travaillent majoritairement ou exclusivement en présentiel peuvent subir les contrecoups liés à l’implantation généralisée du télétravail, notamment certaines personnes fonctionnaires dont les emplois ne sont pas télétravaillables. Cette situation peut générer des iniquités entre les personnes travaillant pour un même employeur, organisme ou ministère et celles ne pouvant effectuer leur travail à distance ne devraient pas avoir à en subir les conséquences.
De ce fait, nous souhaitons réitérer l’importance pour les employeurs de prévoir des mesures de compensation de manière à favoriser un milieu de travail juste, inclusif et stimulant.
Pour en savoir plus sur les propositions du SFPQ en matière de télétravail, nous vous invitons à consulter :
Les mémoires déposés à l’occasion des révisions de la Politique-cadre en matière de télétravail et de la Politique-cadre en matière de télétravail pour Revenu Québec.
Le mémoire déposé dans le cadre de la consultation sur la transformation des milieux de travail par le numérique