SFPQ - Syndicat de la fonction publique du Québec

/ Alliances

Quand la pénurie de main-d’œuvre frappe, une solution à adopter : le 5-10-15

Lettre ouverte de la campagne 5-10-15 dont le SFPQ est membre.

Nombreuses sont les manchettes qui font état de la pénurie de main-d’œuvre. Rareté ou réelle pénurie ? La question se pose, mais il n’en demeure pas moins que le marché du travail québécois fait face à des enjeux majeurs de recrutement et de rétention de la main-d’œuvre. Plusieurs pistes de solutions sont mises de l’avant. Le gouvernement en identifie d’ailleurs plusieurs dans son plan « En action pour la main-d’œuvre », mais l’amélioration des normes minimales de travail n’y est pas évoquée.

En cette Journée mondiale pour le travail décent, la campagne 5-10-15 doute que ces pistes soient suffisantes. Bien que la loi sur les normes du travail ait été bonifiée en 2018 et que le salaire minimum augmente graduellement, nous n’assistons pas à de décisives améliorations des conditions de travail. D’ailleurs, le secteur souffrant le plus de la « pénurie » est également un des secteurs d’activité où les bonnes conditions de travail se font rares ! En effet, Statistique Canada établit que, pour le 1er trimestre de 2019, le secteur de la vente et des services comptait à lui seul 31 285 postes à combler, avec une moyenne salariale de 14,74 $ l’heure. C’est près de 30 % de l’ensemble des postes vacants. En creusant un peu plus dans les sous-secteurs, on apprend que, pour les serveurs et serveuses au comptoir, aides de cuisine et personnel de soutien assimilé, c’est 6 495 postes à combler, pour une moyenne salariale de 12,65 $ l’heure. Pour les vendeurs et vendeuses de commerce de détail, c’est 3 765 postes à 13,30 $ l’heure. Voilà qui met la table à une réelle discussion sur l’amélioration des conditions de travail, particulièrement des salaires, comme solution à la « pénurie ».

Être en action pour la main d’œuvre ne devrait-il pas impliquer une augmentation du salaire minimum à 15 $ l’heure ? Ces secteurs des services seraient plus attractifs. Sans oublier qu’une telle mesure favoriserait aussi une meilleure rétention du personnel et une diminution des coûts de recrutement.

De plus, la bonification de la Loi sur les normes du travail est-elle une réponse aux besoins des travailleuses et travailleurs ? En matière de congés payés, la réponse est non. On y retrouve seulement deux absences rémunérées par année si une personne est malade OU si elle doit s’absenter pour une raison familiale. Sur l’aménagement du temps de travail, encore en 2019, un employeur n’a pas d’obligation claire de remettre un horaire de travail. La loi a plutôt été modifiée en accordant à la personne salariée un droit de refuser de travailler si elle n’est pas informée, au moins cinq jours à l’avance, que sa présence est requise.

L’an prochain, nous célébrerons les 40 ans de l’entrée en vigueur de la Loi sur les normes du travail. Malheureusement, on ne peut pas dire que la loi a bien vieilli puisqu’elle est loin de refléter 40 ans d’évolution positive vers l’amélioration des conditions de travail. Après près de 40 d’existence, la loi qui encadre les conditions minimales de travail ne devrait-elle pas prévoir plus de protection pour une personne malade ou qui doit prendre soin d’un membre de sa famille ? En 2019, obliger l’employeur à remettre un horaire de travail 5 jours à l’avance sous peine de pénalité financière, n’est-ce pas un minimum auquel une personne devrait s’attendre ?

Ce sont les travailleuses et travailleurs à bas salaire, trop souvent précaires, qui subissent les conséquences financières les plus importantes de ces absences de droits. Encore en 2019, être malade ou prendre soin d’un proche est un luxe pour plusieurs personnes au Québec. Comment exercer un droit de refuser de travailler en sachant qu’il y aura une répercussion financière directe au bout de la semaine ?

L’amélioration des conditions de travail est une composante essentielle d’une stratégie nationale pour pallier à la pénurie de main-d’œuvre. C’est pourquoi nous croyons que les trois revendications de la campagne5-10-15 devraient faire partie de la solution :

  • 5 : L’obligation pour les employeurs de remettre un horaire de travail 5 jours à l’avance
  • 10 : Dix jours de congé payés pour maladie ou responsabilités familiales
  • 15 : Un salaire minimum à 15$ l’heure.

*Les sept organisations membres de la campagne 5-10-15 : le Front de défense des non-syndiquéEs, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

Si vous avez une question à adresser au SFPQ, prière d’utiliser ce courriel : communication@sfpq.qc.ca.