SFPQ - Syndicat de la fonction publique du Québec

/ Négociation

La BAnQ interdit le CARRÉ ROUGE

Lettre à Monsieur Guy Berthiaume (PDG de Bibliothèque et archives nationales du Québec),

Qui mieux positionné que vous, alors que vous venez tout juste de recevoir un Prix Reconnaissance de l’UQAM 2012 pour vos qualités de leader et votre contribution remarquable à l’avancement de l’éducation, tant à l’échelle nationale qu’internationale, peut comprendre ce qui suit.

Vou...s n’êtes pas sans savoir que plusieurs employé-e-s soutiennent l’accessibilité à l’éducation dans notre belle province à travers le port d’un carré rouge. Ce carré rouge n’a d’autre valeur que cette accessibilité aux études.

Depuis quelques jours, les chefs de service demandent à ces employé-e-s - de manière non officielle - de ne plus porter ce carré rouge car ils ne respecteraient pas l’obligation de neutralité qu’implique le service à la clientèle dans une institution gouvernementale.

Cette neutralité est demandée afin qu’aucun usager ne puisse être offensé de quelque manière que ce soit. Ceci est non seulement compréhensible, mais également très honorable, l’idée de respect d’autrui étant primordiale pour qu’une société puisse se prétendre civilisée.

Ainsi notre question : De quelle manière afficher son support à l’accessibilité aux études, qui est un droit international, peut constituer une offense pour autrui ?

Autrement dit, pensiez-vous, avant que le gouvernement libéral de M. Charest ne jette l’opprobre sur les étudiants et ne condamne l’accessibilité aux études demandées par ces derniers, que le port du carré rouge constituait un affront pour autrui ?

Pour nous, employé-e-s apolitiques et fier-e-s de travailler dans un milieu qui présente autant de diversités de cultures et d’opinions à travers sa collection et qui accueille en son sein autant de débats et de conférences qui font de la Grande Bibliothèque un fer de lance de la pensée au Québec, la défense de l’accessibilité aux études rejoint directement le premier mandat que s’est donné notre institution, à savoir l’accessibilité pour tous à la culture.

C’est par reconnaissance envers notre institution, par reconnaissance pour l’éducation dispensée par nos parents, par nos écoles - une éducation qui représente toute notre identité - que, comme vous, nous défendons la promotion du savoir et sa démocratisation.

Certes, nous comprenons bien que ce carré rouge peut constituer une « image controversée », et donc interdite dans l’enceinte de la Grande bibliothèque, suite aux manifestations sociales qui ont lieu depuis plus de 14 semaines dans les rues de notre province. Mais devons-nous reculer, oublier notre identité sous couvert de neutralité dès lors qu’un sujet de société a été décrété comme suspect par une idéologie qui est au pouvoir et qui contrevient aux droits et traités internationaux ?

Le respect des uns (les usagers) doit-il nécessairement passer par le silence des autres (vos employés) ? Trop souvent dans ce monde le silence a causé violence et oppression. Nous insistons vraiment sur le fait que l’éducation a façonné notre identité avant de façonner notre idéologie… la passer sous silence 35 heures par semaine représente une atteinte à l’image que nous avons de nous-mêmes et qui dépasse largement le cadre de notre travail.

Notre institution applique avec raison les accommodements raisonnables afin de défendre la diversité des valeurs individuelles, religieuses – sujet qui fut longtemps controversé et qui le demeure encore. Pourtant, malgré le racisme de certains usagers, avez-vous demandé à vos employés de retirer leur voile, leur croix, etc. ? Non.

La chaine d’état Radio-Canada a résisté à la demande d’allégeance exigée par le gouvernement fédéral et cette dernière a été récemment rejetée. Comme Radio-Canada, organisme de culture universel, nous nous devons de résister. Nous vous demandons, à vous plus qu’à n’importe qui, de défendre et d’incarner cette résistance saine et non violente pour l’accessibilité à l’éducation, et ceci hors de toute opinion partisane.

En ce moment, d’autres employé-e-s du gouvernement, ceux et celles de la SAQ – aussi voué-e-s au service à la clientèle – essayent de défendre le port du carré rouge et ne sont pas loin d’obtenir gain de cause. Leur syndicat, comme le nôtre, les soutiennent.

Enfin, comment se fait-il que les professeur-e-s des Cégep et des Universités – employé-e-s de l’état – n’ont pas reçu d’interdiction de porter le carré rouge ? Parce qu’ils et elles résistent et défendent leurs droits et ce malgré l’opinion publique manipulée par le gouvernement à travers les médias de masse. Peut-être aussi parce qu’on ne leur a tout simplement pas demandé de l’enlever…

Nous, fier-e-s employé-e-s de la Grande bibliothèque, porteurs du carré rouge, défendons notre identité et nos institutions qui prônent l’accessibilité à la culture pour tous, à l’éducation pour tous, avant de défendre un gouvernement qui ne cesse de démanteler nos services publiques sous prétexte d’économies à faire alors que nous apprenons tous les jours que les profits de certains continuent de croitre et de croitre encore. Encore là, nous restons clairs : nous ne défendons qu’une chose, l’accessibilité à l’éducation.

Enfin, vous savez mieux que quiconque que beaucoup d’employés de la bibliothèque et archives nationales du Québec sont eux-mêmes des étudiants, de même que les usagers de la Grande bibliothèque et qu’ils défendent courageusement l’idée d’accessibilité aux études.

Une des personnes responsables qui nous a demandé aimablement de retirer notre carré rouge, nous a dit que lorsqu’elle aura à « lister des usagers » – elle faisait allusion aux atrocités commises pendant la seconde guerre mondiale – elle démissionnera. Devons-nous attendre d’en arriver jusque là ? Lorsque le gouvernement fédéral présentera prochainement une loi pour abroger le droit à l’avortement, toutes les femmes qui composent nos services publiques devront-elles oublier qu’elles sont des femmes sous prétexte qu’elles travaillent pour le gouvernement et qu’elles son tau service à la clientèle ?

Notre voix est désormais réprimée de toute part: 35 heures par semaine sur notre lieu de travail suite à vos consignes, dans nos rues par la police, dans les médias de masse qui l'ostracisent, dans les médias sociaux avec la Loi 78. Nous sommes au bord de l'asphyxie ! Il ne s'agit plus de neutralité, mais d'effacement complet de notre identité !

M. Berthiaume, nous demandons votre aide en nous laissant porter notre carré rouge au nom de l’accessibilité à la culture pour tous, au nom de l’accessibilité aux études, au nom de l’identité de notre institution, au nom de notre propre identité.

Jean-François Sylvestre au nom des fier-e-s employé-e-s de la BAnQ portant le carré rouge,
Président de la Région Montréal-Laval
Syndicat de la fonction publique et
Parapublique du Québec (SFPQ)

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