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Crise financière mondiale - Une fenêtre s'ouvre

La présente crise financière mondiale n’entraînerait pas seulement la chute des valeurs boursières, mais aussi celle des dogmes de l’idéologie néolibérale. C’est du moins l’avis de plusieurs économistes et experts qui soutiennent que cette approche, à l’origine des politiques économiques des pays occidentaux depuis bientôt trente ans, serait mortellement atteinte.

Rappelons les faits. Au coeur de la  Grande Dépression, le président américain Franklin D. Roosevelt  fait adopter un programme de réformes appelé New Deal qui permettra  aux États-Unis de sortir de  la crise. L’ensemble des pays occidentaux  adopte des mesures semblables  qui donneront naissance à  l’État-providence. L’expression vient des tenants du libre marché à  tout prix qui affirment que l’État intervient comme la « divine Providence  » pour secourir les exclus de l’activité économique.

Toutefois, les élections de Margaret  Thatcher en Grande-Bretagne, en 1979, et de Ronald Reagan aux  États-Unis en 1982, marquent la fin de l’État-providence en détruisant  une bonne partie des mesures adoptées sous le New Deal. Au  Québec, cette période se termine  en 1981, lorsque le premier ministre  de l’époque René Lévesque,  déclare que le temps de la prospérité  tous azimuts est révolu et qu’il  faut désormais se serrer la ceinture.  C’est à partir de ce moment qu’apparaît  l’expression « dégraisser  l’État »

 

Les « Trente rigoureuses »

 

On connaît la suite : compressions  salariales, austérité budgétaire, développement des statuts précaires,  atteinte du déficit zéro, réduction de la taille de l’État, réingénierie,  réduction des effectifs par le non-remplacement d’un fonctionnaire  sur deux, sous-traitance, privatisations, tarification, etc. Bref,  aux « Trente glorieuses » succéderont  les « Trente rigoureuses ». Mais,  aussi paradoxal que cela puisse paraître,  la fin de cette période de  démantèlement de l’État pourrait  nous annoncer des jours meilleurs.  Les chroniqueurs et hommes  d’État qui, il y a quelques mois à  peine, ne juraient que par le désengagement  de l’État, la lutte aux  déficits et les baisses d’impôts, ont  retourné leur discours en moins de  temps qu’il ne prend pour retourner  un matelas. C’est que plus la  crise financière prend de l’ampleur,  plus leurs positions deviennent  inconfortables, d’où le besoin d’appliquer  la technique du revirement  de matelas.  Nicolas Sarkozy, toujours prêt à  revirer le premier matelas rencontré  pour parvenir à ses fins, déclarait  : « Une certaine idée de la mondialisation s’achève avec la fin  d’un capitalisme financier qui avait  imposé sa logique à toute l’économie  et avait contribué à la pervertir.  Il faut un nouvel équilibre entre  l’État et le marché. »  La logique dont parle Sarkozy  consistait à faciliter le crédit par  tous les moyens pour soutenir la  consommation et continuer à faire  tourner l’économie. Mais vint le  jour où les consommateurs n’ont  plus été en mesure de payer leurs  dettes; l’hypothèque d’abord, les  paiements sur l’auto ensuite pour  finalement se voir obligés de réduire  leurs fréquentations des centres  commerciaux.

Le Canada dans le champ

 

Aujourd’hui, l’économie réelle est en récession partout. Le ralentissement de la demande pour les exportations et la chute des prix des produits de base font en sorte que la crise se propage sur l’ensemble de la planète. Tant aux États-Unis qu’en Europe, les autorités politiques sont venues à la rescousse des institutions financières pour éviter qu’elles ne déclarent faillite et aggravent encore davantage la crise financière en bloquant complètement le crédit. À la mi-novembre, les pays du G20 se sont entendus pour prendre des mesures afin de stimuler l’économie à coup de milliards : 600 milliards pour les Chinois, 700 milliards pour les États-Unis et 200 milliards pour les Européens.

Pendant ce temps, au Canada, alors que l’effet de la crise mondiale commence à se faire sentir, le gouvernement Harper décide d’aller à contrecourant. Plutôt que de stimuler l’économie, il nous annonce au début décembre, des compressions de six milliards de dollars pour conserver l’équilibre budgétaire, prétextant que des mesures ont déjà été prises sous la forme de baisses d’impôts. Le problème est qu’au stade où en est rendue la crise, les baisses d’impôts sont devenues sans effets. Dans un tel contexte, limiter les salaires des employés de l’État fédéral avec suspension du droit de grève jusqu’en 2011 relevait de l’acharnement idéologique.

 

Possible début d’un temps nouveau

 

Assistons-nous à la fin du néolibéralisme? Philippe Frémeaux, directeur de la rédaction de la revue Alternatives économiques, en doute : « Si demain l’économie se stabilise et que les actifs pourris reprennent de la valeur, le risque est fort d’un retour au business as usual. Et que les bonnes résolutions prises au plus fort de la tempête soient oubliées, comme l’ivrogne qui se promet de ne plus boire lorsque sa gueule de bois est à son paroxysme et qui renoue avec sa bouteille le soir venu. Nous avons besoin de renouer avec une vision de l’économie qui laisse moins de place à la cupidité, aux inégalités et au mépris des conséquences collectives des comportements individuels. » Bref, il va encore falloir que la démocratie s’en mêle parce que la véritable solution aux crises est politique.

Solution politique? Oui, car grâce au crédit, on a réussi à résoudre temporairement la contradiction entre des travailleurs qui doivent se contenter de bas salaires et, en même temps, devenir des fous du magasinage pour faire rouler l’économie. La suite est connue, quand le revenu des gens ne parvient plus à rembourser leurs dettes, c’est la crise. C’est pourquoi la véritable solution consiste à réduire l’écart entre la richesse produite, accaparée par une minorité de plus en plus restreinte de super riches, et la grande masse des travailleurs qui doivent se contenter de toujours moins. Une telle solution, n’est évidemment pas économique, mais éminemment politique.

 

BANQUE DE RICHES, BANQUE DE PAUVRES

Alors qu’environ 200 dirigeants de banques ont liquidé pour un demi-milliard d’actions de leur institution, parfois jusqu’à 60 % sous les prix du marché, dans le seul but de faire un profit rapide, au même moment, le gouvernement fédéral et la Banque du Canada injectaient 45 milliards de dollars dans le système bancaire canadien afin qu’il ait accès à des liquidités à bon coût. Pendant ce temps, l’Association québécoise des banques alimentaires et des Moissons, en partenariat avec Banques alimentaires Canada, rendaient public un rapport révélant que le nombre de familles ayant recours à l’aide alimentaire était passé de 22,4 % en 2007 à 30,6 % en 2008. Au Québec, en mars dernier seulement, on estimait que plus de 150 000 personnes, dont 36 % d’enfants, ont eu recours à l’aide alimentaire.

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