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Hélène Pedneault : Un volcan s'est éteint

(1952-2008)

Hommage du SFPQ et du Comité national des femmes


C’est son ancienne compagne d’armes au magazine féministe La Vie en rose, Ariane Émond, qui utilise l’image du volcan. Elle était, écrit-elle dans un éloge publié dans Le Devoir, « en quelque sorte, génétiquement programmée pour combattre ». Son premier combat sera la lutte pour l’émancipation des femmes qui l’amènera dans les années 80 à signer « Les Chroniques délinquantes » dans ce magazine féministe qui a marqué le mouvement d’émancipation des femmes.

 

Pour la rédactrice en chef de ce magazine, Francine Pelletier, « elle est devenue notre journaliste la plus épatante ». Hélène Pedneault avait débuté une carrière de journaliste à Radio-Canada à Chicoutimi au début des années 1970, mais c’est dans ce magazine de combat qu’elle trouve l’endroit pour écrire sans « donner des sueurs froides à ses patrons » comme elle le reconnaît elle-même dans son autobiographie Mon enfance et autres tragédies politiques[1].  

 

L’auteure de la fameuse chanson thème de la Marche des femmes de 1995, Du pain et des roses, c’est elle. Selon la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Michèle Asselin, « c’était une femme brillante et charismatique, qui a marqué le mouvement des femmes au Québec ».  

 

Pour une autre de ses compagnes de lutte de l’époque, Françoise Guénette, animatrice et journaliste à Radio-Canada, demeurée une grande amie, « Hélène a été aussi importante pour la cause des femmes au Québec que Pierre Bourgault a pu l’être pour la cause indépendantiste ».  L’expression utilisée est juste, car ce n’est pas Hélène Pedneault qui a inventé la notion de souveraineté avec ou sans trait d’union.

 

Sa cause, c’était l’indépendance nationale du Québec même si elle militait au Conseil de la souveraineté du Québec, lieu de convergence de divers partis souverainistes. Lors de la dernière campagne électorale fédérale, elle écrivait dans Le Devoir : « Pour ne pas faire reculer le Québec de 50 ans, il faut dire oui au Bloc québécois. Le Bloc est un mur porteur de l’indépendance et de l’intégrité du Québec. L’enlever mettrait en péril notre rêve, notre beau projet de pays. Le Québec est déjà une plaque tectonique qui s’éloigne de plus en plus vite de la « plaque » canadienne. C’est inéluctable. » 

 

« Le souvenir de cette battante qui incarnait à elle toute seule le véritable projet de société souverainiste, féministe, égalitaire, écologiste et solidaire qui nous habite, demeurera », a déclaré Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté. Son troisième combat fut la question de la privatisation de l’eau. Dans une chronique intitulée Les vampires de l’eau n’auront jamais mon aval… ni mon amont, publiée dans la revue Possibles en 2001, la co-fondatrice de la Coalition Eau Secours écrit : « Le gouvernement doit décréter que les eaux du Québec sont un bien commun et promouvoir une forme de nationalisation des eaux souterraines du Québec, pour qu’on puisse collectivement préserver notre souveraineté sur nos eaux et la pérennité de la ressource, eaux dont nous ne sommes que les gardiens, les fiduciaires, pour nous et le patrimoine mondial ». 

 

Mais sa pratique d’écriture ne se limite pas aux textes militants. En 1996, elle adapte le téléroman Sous le signe du lion de Françoise Loranger pour la télévision. Cette série lui vaut un prix Gémeaux. Elle est aussi l’auteure d’une biographie de Clémence DesRochers intitulée Notre Clémence.  Elle tiendra une chronique à la radio, pendant plusieurs années, dans le cadre de l’émission Indicatif présent animée par Marie-France Bazzo. « Ses chroniques se déroulaient sensiblement toujours de la même façon : elles commençaient sur le ton de la conversation et se terminaient dans un crescendo d’indignation et de colère. Hélène Pedneault n’a jamais fait dans la demi-mesure », constate la journaliste Nathalie Collard. 

 

Comme il est convenu de dire, Hélène Pedneault a perdu son dernier combat, le 1er décembre au matin, une lutte contre le cancer qu’elle n’a jamais envisagé de perdre. Mais le véritable message qu’Hélène Pedneault nous laisse, formulé par Ariane Émond est : « De ne pas oublier, surtout de transmettre aux plus jeunes les efforts, les combats, les victoires du passé et ce plaisir, véritable, qu’il y a à se mêler des affaires de sa société. Sa voix répète de monter au front, seul, ou avec d’autres, et de bâtir la force de frappe nécessaire pour court-circuiter les discours des idéologues de droite. Et ne jamais, au grand jamais, baisser les bras ».



Consulter un des textes de mme Pedneault: Toutes les femmes sont non tradionnelles
Extrait de Mon enfance et autres tragédies politiques.


[1] Hélène Pedneault : Mon enfance et autres tragédies politiques, Lanctôt éditeur, Montréal, 2004.

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